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Yves Laloy 1920-1999

Composition bleue
Huile sur toile
44 x 74 cm
Signé Y. Laloy en bas à droite

Blue Composition
Oil on canvas
44 x 74 cm
Signed ‘Y. Laloy’ in the bottom right-hand corner

Yves Laloy (1920-1999), Composition abstraite, vers 1965. Huile sur toile, H. 47 x L. 74 cm. Etiquette de provenance d’une galerie au revers: Suppan Fine Arts (Vienne, Autriche).

 

 

Un architecte, un peintre, un aventurier.

Yves Laloy fut d’abord architecte, puis s’orienta vers la peinture à partir de 1952. Né à Rennes au sein d'une famille d'architectes, Yves Laloy a étudié l'architecture à l'École régionale d'architecture de Rennes, puis à l'École des Beaux-Arts de Paris. Il a exercé ce métier d'architecte de la fin des années 1940 jusqu'aux années 1950, concevant des édifices religieux remarquables dans le nord de la France, notamment l'église Saint-Vincent-de-Paul à Boulogne-sur-Mer et des bâtiments à Coquelles et au Portel. Vers 1950-1952, il se détourne de l'architecture conventionnelle pour se consacrer à plein temps à la peinture, mais sa formation en architecturera fortement influencer la composition de ses toiles. Voyageur infatigable, il entreprit en 1955 -  peu avant la crise de Suez - un périple à vélo à travers la Méditerranée et l'Afrique du Nord  Après des escales au Maroc et en Libye, il arriva au Caire, où il fut pris pour un espion et emprisonné temporairement. Poussé par un besoin constant d’évasion, il participa par la suite, au début des années 1960, à deux expéditions de pêche de six mois à Terre-Neuve, partageant les conditions de vie difficiles des marins.

 

 

Les tableaux de Laloy ont été montrés à Paris, Milan, Bâle et dans des expositions consacrées au surréalisme, jusqu'à celle organisée en 1991 au Centre Pompidou en hommage à André Breton. Des collectionneurs attentionnés et fidèles, qui ont souvent été également ses marchands, l'ont constamment soutenu, tels qu'Inna Salomon, Carl Laszlo, Miklos von Bartha, Arturo Schwarz, Emilio Bertonati, Marcel Fleiss, François Laffanour. Deux tableaux sont entrés dans la collection du Musée de Grenoble où ils ont été exposés. L’historienne d’art Suzanne Nouhaut-Duco a entrepris à Paris IV-Sorbonne une thèse sur l'artiste, qui a abouti à l'établissement de son catalogue raisonné. Enfin le Musée des Beaux-Arts de Rennes lui a consacré en 2004 cette exposition rétrospective. Et malgré tout cela, malgré ce « patronage » d'André Breton, l'originalité de son travail et les soutiens dont il a bénéficié, Yves Laloy est apprécié par un cercle d’initiés et reste encore méconnu du grand public.

 

Le célèbre galeriste français d’art contemporain Emmanuel Perrotin, grand collectionneur du peintre français Yves Laloy, lui a consacré sa première exposition monographique à Paris, présentée d’abord dans sa galerie parisienne (du 8 janvier au 12 Mars 2022), avec une cinquantaine d’oeuvres présentées, puis reprise dans sa galerie de Shanghaï (du 7 Avril au 26 Mai 2023). L’œuvre d’Yves Laloy n’avait plus fait l’objet d’une exposition majeure depuis 2004, date d’une première rétrospective de son oeuvre au Musée des Beaux-Arts de Rennes. Deux des œuvres emblématiques de ce musée - dont la fameuse toile intitulée « Les petits pois sont verts Les petits poissons rouges» (1959), issues des collections de ce musée, furent d’ailleurs été exceptionnellement prêtées pour ces deux expositions chez Perrotin. Cette fameuse toile a même orné la couverture de l’édition Gallimard de l’important ouvrage d’André Breton « Le Surréalisme et la peinture » en 1965. Breton a découvert avec enthousiasme Yves Laloy en 1958 à la galerie parisienne La Cour d’Ingres. Laloy sera ensuite soutenu par le Pape du Surréalisme tout au long de sa carrière de peintre. Breton l’avait qualifié d'unique « surréaliste géométrique » en comparant ses motifs géométriques complexes avec les peintures cérémonielles sur sable du peuple Navajo, soulignant qu'il s'agissait chez lui d'une discipline spirituelle identique plutôt que d'une imitation stylistique directe. Le vocabulaire visuel de Laloy allie en effet souvent des grilles architecturales rigides et à influence ésotérique à des figures biomorphiques grotesques ou tragiques rappelant les masques tribaux américains, tels que dans cette fameuse toile « Les petits pois sont verts Les petits poissons rouges».

 

Le critique d’art français Eric Troncy - dans sa préface du catalogue de la Galerie Perrotin en 2022 - remarque que « si l’on peut souvent percevoir dans ses œuvres des années 1950 et 1960 des similitudes avec Kandinsky, Paul Klee, Auguste Herbin et surtout aux œuvres du peintre et créateur de tapisseries Jean Lurçat, populaire à Paris depuis les années 1930, la particularité de ces tableaux réside dans le fait qu’ils font appel à toutes ces sources à la fois, « mélangeant » – comme on dit aujourd’hui – les apports des uns avec ceux des autres, combinant des séquences des uns avec l’ADN des autres. Dans ses tableaux, Laloy fait coexister plusieurs langages, appartenant chacun à l’univers figuratif ou abstrait, dans des compositions toujours, et notoirement, asymétriques. Et surtout, il enrichit ces univers d’un véritable panthéon d’influences issues tant des arts dits « mineurs » que des cultures situées au-delà des frontières conventionnelles de l’art occidental - trente ans avant que William Rubin ne montre, avec l’exposition « Primitivism in 20th Century Art » organisée au MoMA de New York en 1984 - ce qui peut, sous un certain angle, unir l’art contemporain et l’art tribal ».

 

Yves Laloy en Suisse

L’artiste a intégré la célèbre collection Von Bartha à Bâle en 1972, deux ans après l’inauguration de la galerie, avec une première exposition monographique en Suisse. Selon Miklos Von Bartha, « le génie de l’œuvre de Laloy réside dans ses visions très personnelles et dans son esprit. Une autre caractéristique déterminante de sa créativité est son recours aux jeux de mots, comme en témoignent des œuvres telles que *Le Mal est mon seul bien* (1959–1960), *Mao Tsé Tou Tou Rien* (1972) et *Sain bole* (1956–1957) (exemples pris dans la collection von Bartha) Les jeux de mots de Laloy ne se limitent pas aux jeux de mots littéraux : il orthographiait parfois les mots de manière créative ou phonétique, de sorte que leur lecture à haute voix révélait des sens cachés. Un exemple célèbre est *Les petits pois sont verts, les petits poissons rouges…*, une oeuvre entrée au Musée de Rennes a la suite de la fameuse vente André Breton, qui en fut le premier propriétaire: son titre repose sur un jeu phonétique — «pois sont» (les petits pois sont) sonnant comme «poissons» (les petits poissons) —, ce qui brouille à l’oral la distinction entre les petits pois et les poissons, ajoutant une dimension supplémentaire d’humour et d’ambiguïté à l’oeuvre peinte (…) Pour André Breton, Laloy était le seul surréaliste constructiviste. Comme je m'intéressais à ses tableaux et non à leur valeur supposée, nous nous comprenions bien. En 1989, la galerie Von Bartha publia une monographie sur Yves Laloy, afin que mes fils Niklos et Stefan disposent d'une documentation sur un grand nombre de tableaux, superbes mais sans valeur, qu'ils posséderont un jour.Lors de l'exposition ART 20/1989 à Bâle la moitié du stand était consacrée à Yves Laloy. »

 

Yves Laloy et la mer

On sait qu’en 1961, Yves Laloy partit six mois à Terre-Neuve. Il participait physiquement à la pêche hauturière et partageait la vie rude des marins. À l'issue de ce long périple - un jeune marin étant mort de froid - il fut appelé à le remplacer dans les cales. Il raconte dans ses mémoires qu'il remplissait ces cales de morues pour la salaison, qu’il voyait des marins trancher des têtes de poissons à longueur de jours et de nuits : ces nuits de tangage, et de roulis, sans sommeil, humides et glacées ont certainement marqué l’artiste, par ailleurs grand sportif et amateur du grand air ; il vivait le hublot ouvert. Malgré la rudesse des conditions à bord, Laloy retournera en 1962 et 1963 sur les bateaux Au retour de ces voyages, il écrira un livre (non édité) intitulé Le mal de M... (sic). En 1965, Yves Laloy part au Pérou, en vue d'une exposition de ses peintures à Lima. On peut dater notre jolie toile de cette période d’aventures et de voyages en Amérique du Sud. Yves Laloy écrivait - avec cette poésie ironique qui caractérisait ses écrits - qui ne furent jamais publiés, mais retranscrits dans sa biographie de référence - « Ma vocation de marin est tombée à l'eau... Je ne suis pas coulé pour autant. La mer c'est beau c'est grand. C'était un rêve de solitude. Rester à terre : jamais. Mieux vaut avoir la tête en l'air et passer pour un artiste. ». 

 

En ce qui concerne l’oeuvre que je vous propose à la vente, il s’agit d’une huile sur toile des années 60 (h. 44 x L.74 cm) qui repose sur une trame géométrique triangulée impeccable. La composition abstraite s'apparente à une tessellation complexe, reproduisant à l'infini des modules triangulés précisément dessinés, aux nuances variées, des lignes ondulées verticales et les variations colorées des triangles suscitant une impression de profondeur ou de mouvement. Cette composition rythmée rappellent fortement les banderoles de fanions de signalisation des bateaux de pêche ou de plaisance: le long du bord gauche de la grille, une ponctuation verticale de points circulaires blancs vient rompre la continuité du mouvement des motifs ondulés. Ce procédé intentionnel ancre la toile, lui offrant une « colonne vertébrale » centrale à partir de laquelle le rythme géométrique rayonne, de gauche vers la droite. Le peintre a alterné sur un fond bleu ciel des nuances de bleu marine, de vert émeraude et de jaune pâle qui contrastent, créant ainsi un effet cinétique et vibrant.